Les mouches des fruits

mouche1Les mouches des fruits sont des insectes ravageurs de l’ordre des diptères dont les femelles piquent l’épiderme des fruits à l’aide d’un ovipositeur, pour y déposer leurs œufs. De ces œufs sortent des larves (appelées asticots) qui se développent dans la pulpe des fruits en creusant des galeries. Quand elles atteignent le 3ème stade de développement, ces larves sortent des fruits et s’enfouissent dans le sol où elles achèvent leur développement et se transforment en pupes. Les adultes émergent de ces pupes et deviennent aptes à la reproduction environ une semaine après l’émergence. 

Plusieurs espèces de mouches sont répertoriées au Sénégal. Les mouches du genre Ceratitis sont endémiques et n’ont, jusqu’ici, pas causé d’ennuis très alarmants aux filières fruitières. Par contre, la mouche asiatique des fruits, Bactrocera invadens, qui est une espèce invasive et récemment introduite au Sénégal (2003-2004) a très sérieusement compromis le créneau de l’exportation de la manque. C’est un ravageur très polyphage : plusieurs espèces fruitières (cultivées comme de forêt) sont attaquées.

Importance des mouches des fruits
Les fruits dans lesquels les larves se sont développées pourrissent et tombent d’autant plus vite que les piqûres, les galeries, et les points de sortie des larves servent de portes d’entrée à d’autres maladies ou insectes. 
Les mouches des fruits sont dangereuses à plusieurs titres. 
- Elles provoquent des pertes de récolte pouvant atteindre 40 à 60 % dans les Niayes et 70 à 80% en Casamance (100% dans les cas extrêmes). Ces pertes touchent les arboriculteurs mais également tous les acteurs de la filière (négociants, vendeurs, exportateurs, transformateurs).
- Elles sont classées comme insectes de quarantaine dans tous les pays importateurs. Cela signifie que si l’on trouve une seule mouche dans un lot, celui-ci est détruit aux frais de l’importateur qui répercute ces frais à son fournisseur. Aussi constituent-elles un frein majeur aux exportations. Les exportateurs réalisant la collecte chez les petits producteurs sont particulièrement vulnérables.
- Les fruits étant sensibles aux attaques de mouches à l’approche de leur maturité, les risques de pollutions par des traitements chimiques inconsidérés sont particulièrement élevés.
Au Sénégal, où la production de mangues est plus tardive que dans les autres grandes zones de production ouest - africaines, B. invadens a pris une importance toute particulière car son pic de population coïncide avec la période de maturation des mangues (juillet – août). Il faut noter que les structures de production sont extrêmement diversifiées et vont de l’arbre isolé à des plantations de plusieurs centaines d’hectares, avec tous les cas intermédiaires concernant la superficie des exploitations, la composition du verger (allant du monovariétal à des mélanges d’espèces et variétés), les pratiques (cultures intensives vs. pratique assimilée à la cueillette), les densités, l’âge des arbres, etc. Par ailleurs, tout au long de la zone côtière, de Joal à St Louis, de même qu’entre la zone des Niayes et le sud du pays, on observe de fortes différences climatiques entre des sites éloignés de quelques dizaines de kilomètres. Ces différences climatiques ont des répercutions aussi bien sur la biologie des bioagresseurs que sur la physiologie des arbres.


Stratégies de lutte contre les mouches des fruits
De nombreuses méthodes de lutte sont utilisées à travers le monde, avec des réussites variables : traitements pesticides en surface totale, traitement localisés avec attractifs, élimination de mâles, lutte biologique, piégeage de masse, etc. 

Au Sénégal, aucune méthode de lutte réalisée au niveau des parcelles ou des exploitations ne s’est montrée convaincante car les parcelles traitées sont aussitôt ré - infestées à partir des parcelles voisines. De plus, au sein même d’une parcelle infestée puis traitée, il existe un très fort potentiel de recontamination à partir des larves et pupes enfouies dans le sol. Les traitements pesticides à l’échelle d’une zone, réalisés dans des pays voisins, ont été des échecs retentissants.
D’autre part, vouloir lutter contre les mouches des fruits seulement en juillet-août, au moment des dégâts, c’est comme combattre l’incendie avec un seau d’eau quand toute la brousse est en feu. 

Pour être efficace la lutte doit être pratiquée au bon endroit et au bon moment, ce qui nécessite de connaître la dynamique des populations de mouches dans les différents agro-écosystèmes. A défaut, toutes les tentatives de lutte échoueront, comme ce fut le cas jusqu’à présent.

Nous proposons donc d’entreprendre la lutte contre les mouches des fruits selon les mêmes principes que la lutte contre les criquets migrateurs ou les feux de brousse :
- à l’échelle du paysage,
- en employant des méthodes préventives/prophylactiques et en intervenant très tôt afin de maintenir les populations de mouches à un niveau maîtrisable,
- en utilisant des moyens respectueux de la santé des consommateurs et de l’environnement.

Les problématiques de recherche
Si les travaux consacrés aux mouches des fruits au niveau international et les résultats acquis sont extrêmement importants, il faut reconnaître que les connaissances sur le comportement de ces ravageurs en Afrique de l'Ouest sont très loin d’atteindre un niveau suffisant pour permettre la mise en œuvre d’une lutte efficace et sans danger pour les consommateurs et l’environnement. Les raisons sont multiples :
- B. invadens est une espèce invasive décrite depuis peu de temps et dont on connaît mal la biologie.
- Bien qu’ayant débuté depuis plus de vingt ans, les recherches consacrées aux mouches des fruits n’ont jamais bénéficié, dans le pays, de moyens à la hauteur de leur importance économique.
- Une des difficultés principales vient de la diversité des exploitations fruitières qui, liée à la mobilité des mouches et à la polyphagie des espèces, fait qu’aucun producteur ne peut contrôler ces ravageurs au niveau de sa seule exploitation. Cela nécessite une démarche nouvelle, adaptée à la complexité du problème.

Il existe différents genres et espèces qui ont chacun leurs hôtes préférentiels et leur pic de population au cours de l’année (Cf. ante). Même si l’on considère B invadens comme une priorité économique, il est indispensable de conduire les études sur l’ensemble de ces mouches pour savoir à tout moment auxquelles on a à faire.
Une question essentielle est donc de savoir comment les mouches, et notamment B invadens, traversent la saison sèche. Où se réfugient-elles ? Quels sont leurs hôtes préférentiels, et occasionnels qui leur permettent de survivre entre deux saisons de mangues ? Quand et pourquoi les populations de B invadens recommencent-elles à augmenter ? Quels sont les facteurs naturels susceptibles de favoriser ou freiner la croissance des populations ?
Les réponses à ces questions permettront de savoir où et quand intervenir. Il faut ensuite déterminer comment contrôler les mouches sans danger pour les consommateurs et l’environnement, en évaluant les différentes techniques par rapport à leur efficacité, leurs impacts environnementaux, au respect des normes et règlementations, à l’adaptation aux moyens des producteurs, et à leur rentabilité économique.